Le PS conclut ses états généraux, pendant que les CRS le protègent du tiers état 06 DÉCEMBRE 2014 | PAR STÉPHANE ALLIÈS

Publié le 9 Décembre 2014

Lors d'un samedi lugubre à la porte de la Villette (XIXe arrondissement de Paris), les délégués socialistes ont acclamé leur nouvelle charte pour le progrès humain. À l'extérieur, les forces de l'ordre ont procédé à une soixante d'interpellations de manifestants précaires et intermittents.


« PS, Medef, même combat ! » C'est sous les huées et protégés par un cordon de CRS les séparant de manifestants précaires et chômeurs, que les délégués du parti socialiste ont quitté leurs états généraux, ce samedi à Paris. Depuis le dernier conseil national du parti sous la direction de Harlem Désir, qui avait vu les salariés de PSA-Aulnay perturber les débats (lire ici), toutes les réunions internes du PS s'étaient tenues à huis clos. Sauf à La Rochelle, où les universités d'été du parti avaient aussi été sécurisées de façon similaire, pour empêcher de pourtant bien pacifiques manifestations de la CGT puis de militants de la cause palestinienne.

Et ce samedi, donc, ce sont près de deux cents manifestants de la « coordination chômeurs, précaires et intermittents », rassemblés peu avant et non loin, qui ont voulu faire entendre au PS leur désaccord avec la prochaine loi Macron sur la réforme du marché du travail. Une soixantaine d'entre eux finiront par être interpellés par les forces de l'ordre. Que les hiérarques socialistes se rassurent, les prochaines échéances du parti vont à nouveau retrouver ce huis clos qui leur sied si bien. Peut-être n'auront-ils dès lors pas besoin de faire appel aux CRS pour protéger leurs futurs échanges?


Tenues à distance de cette tentative d'irruption de la réalité sociale dans le cénacle socialiste hors-sol, environ 500 personnes (1 500 étaient inscrites et de nombreuses chaises sont restées vides) ont écouté sans entrain de nombreux et ternes plaidoyers en faveur de l'écologie et de l'égalité des droits, dans une salle impersonnelle de la porte de la Villette mais amplement décorée d'écrans géants et d'oripeaux au poing et aux roses.
À l'arrivée, pas de vote, les présents se contentant d'acclamer le résultat de celui des militants (survenu ces mercredi et jeudi dans les sections), qui a validé la nouvelle « charte pour le progrès humain » (lire ici) à 78,5 %. Les plus lucides noteront une abstention de 14 % (rare dans ce type de vote plié à l'avance) et, surtout, les 32,5 % de participation au scrutin, soit 50 247 votants. Un faible contingent, pour un vote qui servait aussi à investir les candidats aux prochaines départementales. Effet d'une nouvelle réalité financière, le "kit militant" remis aux délégués comportait un formulaire de don au parti.

Au moment de conclure un exercice longtemps pensé pour le légitimer, Jean-Christophe Cambadélis a livré un de ces discours crépusculaires et truffés de novlangue dont il a le secret. Le premier secrétaire non élu par les militants a tenté de convaincre l'assistance de son utilité et de son pouvoir unificateur de la famille socialiste. De fait, l'auditoire n'avait guère besoin de l'être : hormis l'aile gauche du parti qui a fait acte de présence, la plupart des figures de la contestation interne au PS ? frondeurs aubrystes et proches de Benoît Hamon ? se sont fait porter pâle ou n'ont fait qu'un passage éclair.


Au micro, Cambadélis s'est fait le porte-voix de ce qu'il estime être « l'ensemble des socialistes », qui « sont tous pour une gauche de gauche réformiste et pas contorsionniste ». À ses yeux, « aucun militant ne veut la chute du gouvernement » ni « laisser filer les déficits ». Quelques piques à la droite sarkozyste, filloniste et lepéniste plus tard, il a conforté son analyse du « tripartisme » UMP/PS/FN pour expliquer que « si nous venions à échouer, nous entraînerions avec nous toute la gauche, qui serait sans avenir et, pire, nous laisserions la république sans défense ».

Puis « Camba » a plagié sans le dire le Mitterrand du congrès d'Épinay, en proclamant : « Celui qui n?accepte pas la rupture avec le désordre écologique, avec les ravages de la société capitaliste sur la nature, celui-là je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. » Le propos originel pouvait bien concerner « l'ordre établi de la société capitaliste », là n'est pas l'important. Le PS ne semble plus être à une approximation près. Du moment que ses dirigeants semblent satisfaits d'eux-mêmes, de leur aggiornamento superficiel et de sa mise en scène interne protégée par les forces de l'ordre?

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